Dans Un autre Blanc, son ultime et émouvant album, la voix d’or d’Afrique évoque, avec dignité et majesté, l’exclusion due à l’albinisme.

Salif Keita a collaboré avec les plus grands artistes internationaux, Santana, Cesaria Evora, Ibrahim Maalouf…

C’est l’agitation parmi les mélomanes et les amoureux des cultures africaines. Salif Keita, que Carlos Santana considère comme « la voix la plus belle et la plus émouvante du monde », nous annonce qu’Un autre Blanc sera son ultime disque. « Après cinquante ans de carrière, de multiples enregistrements et tournées à travers la planète, j’aspire à me consacrer aux miens et à savourer le calme de la petite île où je réside, à Bamako », nous explique-t-il. Le titre de son nouvel album fait allusion à l’albinisme, qui a donné cette couleur à son épiderme et qui lui a valu, dès sa tendre enfance, tant de persécutions.

Quand, haut comme trois mangues, il gardait le bétail dans les champs, on lui lançait des pierres. « J’ai éprouvé du chagrin, parfois du désespoir. Mais, assez tôt, j’ai décidé de tenir le coup et d’assumer ma condition, par laquelle, en définitive, j’ai beaucoup appris. Je me suis forgé un caractère, un esprit de résistance. » Dès que sa notoriété le lui a permis, il a créé la Fondation Salif Keita pour les albinos, qu’il appelle à soutenir. « Il importe d’aider ces derniers sur le plan de la santé autant que de combattre la stigmatisation et l’exclusion qui les frappent. »

Tressage fraternel de cordes

Lui, dont les tubes ont été remixés par de fameux DJ (Frédéric Galliano, Luciano…), a enregistré l’essentiel des dix chansons qu’il a signées dans son studio, à Bamako. À ses côtés, des fidèles de toujours, notamment le subtil ingénieur du son Philippe Brun et Jean-­Philippe Rykiel, poète des claviers. Parmi ses invités, figurent MHD, célèbre ­rappeur français d’origine guinéenne, la lionne magnanime Angélique Kidjo et le chatoyant chœur sud-africain Ladysmith Black Mambazo. Sur le titre final, se tressent fraternellement les cordes vocales du Mandingue Salif et du Dioula Alpha Blondy, dont la voix de talibé, prégnante, poignante, psalmodie une prière. Ces deux jumeaux d’âme ont en commun d’avoir surmonté des conditions sociales extrêmement difficiles.

Dès la première plage (Were Were), on renoue avec ce qu’on aime chez le maestro malien : son chant, bien sûr, et sa musique, qui embrasse Afrique et Occident sans perdre la saveur du terroir, mais aussi cette intranquillité qui tiraille ses entrailles face aux injustices – en particulier la misère qui martyrise l’Afrique. Salifou, comme on le surnomme affectueusement, ne manque jamais d’honorer les héros de luttes historiques. Dans Were Were, il rend hommage à Thomas Sankara, Kwame Nkrumah, Patrice Lumumba, Sékou Touré, Martin Luther King, Nelson Mandela…

Si les rudesses de la vie ont instillé quelque méfiance en lui, Salif est d’une profonde générosité envers les êtres qui lui sont chers. À la Fête de l’Humanité, en 1985, l’auteur de l’anthologique Mandjou (1977) a participé au concert « Libérez Mandela », aux côtés de Max Roach, Bernard Lubat, Eddy Louiss et Manu Dibango. Plus tard, en mai 1994, au lendemain de la victoire de Mandela, tandis que nous organisions à Paris un concert en vue de réunir des fonds de fonctionnement pour l’ANC, nous avions téléphoné à Salif, qui se trouvait en Angleterre, et qui a aussitôt répondu : « Évidemment, je viens chanter en honneur du grand frère ! Et je tiens à payer mon billet d’avion aller-retour, afin que ces frais n’amputent pas la recette destinée à l’ANC. » Une attention qui, plus que n’importe quel discours, en dit beaucoup sur le cœur et la conscience qui animent la voix d’or de l’Afrique.

 

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